Le sol s'épuise, il faut l'amender

Publié le par Le Potager Du Poiraud

Il n’y a pas de miracle, les légumes poussent dans le potager en prélevant ce dont ils ont besoin du sol, de l’air (azote), du soleil et de la pluie et autre arrosage.

Mais que faire quand le sol est épuisé ? Selon certaines sources, un potager épuise le sol en 2 ans, si on ne fait rien. Donc, à moins de vouloir changer la terre régulièrement, il faut s’en occuper.

Là, deux grandes options : les engrais chimiques, ou la méthode « Bio ». Cela ne vous surprendra pas que je cherche à n’utiliser que la 2ème ;)

Cet article de synthèse n’a pas d’autre vocation que de m’aider à y voir plus clair dans les différentes méthodes décrites dans de nombreux articles, sur le Net ou ailleurs.

Où l’on reparle de chimie organique…

Pour avoir longuement hébergé un écosystème corallien dans mon salon, sous la forme de 1200 litres d’eau de mer avec 60 espèces de coraux vivants, j’ai passé de longues heures à mesurer des paramètres chimiques dans l’eau, pour les maintenir en fonction de la consommation des animaux.

Voilà que le Potager me replonge quelque peu dans ces souvenirs ! En effet, les plantes consomment de nombreux composants si l’on en croit Réjean Genest, qu’il est nécessaire de compléter :

  • Azote (N) : pour la croissance des plantes
  • Phosphore (P) : formation des racines, maturation des fruits, résistance aux maladies
  • Potassium (K) : photosynthèse, résistance au froid, facilite la floraison
  • Calcium (Ca) : formation des cellules
  • Magnesium (Mg) : constituant de la Chlorophylle
  • Soufre (S) : constitution des protéines et vitamines
  • Chlore (Cl) : croissance des plantes
  • Fer (Fe) : essentiel à la formation de la chlorophylle.
  • Manganèse (Mn) : active les réactions métaboliques
  • Bore (B) : intervient dans la croissance des tiges et la formation des graines.
  • Cuivre (Cu) : participe à la formation de la chlorophylle
  • Molybdène (Mb) : entre dans la formation des enzymes réducteurs de nitrates
  • Zinc (Zn) : intervient dans la croissance de la plante
  • Cobalt (Co) : nécessaire à la nodulation des racines de légumineuses

L’auteur de l’article décrit plus en détail les effets négatifs du manque de chaque composant. On retrouvera aussi certaines descriptions dans l’article suivant de « jardin-à-manger ».

Amender son sol, oui, mais avec quoi ?

Si l’on considère que l’azote, le phosphore et le potassium sont les composants plus importants (au moins en volume), il existe différentes manières de les compenser.

  • L’azote (N) : les « engrais verts » en sont de très bons vecteurs. Il s’agit de plantes (trèfles, épinards, bourrache, etc…) que l’on plante une fois que le potager est libéré de ses cultures habituelles en automne, et que l’on broie (par exemple à la tondeuse) dès les premières fleurs, afin de les mélanger à la couche supérieure de la terre : l’azote atmosphérique capté par la plante lors de sa croissance sera alors relâché dans le sol.
    Une autre technique consisterait à utiliser de l’urine diluée. Avantage de cette méthode : la matière première est facile à trouver en quantité… reste qu’elle peut rebuter.
  • Le phosphore (P) : il peut provenir de coquilles d’œufs ou de poudre d’os, ce qui apportera aussi du calcium. Les végétariens adeptes du bio préfèreront les coquilles d’œufs pondus par des poules Bio.
    les coquilles d’œufs sont composées de plus de 95% de minéraux. Le principal représentant étant bien évidemment le carbonate de calcium (37%), mais l’on trouve aussi du magnésium, du potassium, du fer et du phosphore en bonne quantité. A cela s’ajoute 3,3% de protéines et un oligo-élément : le manganèse.
  • La potasse (K) : La cendre de bois non traité peut apporter un complément en potasse. Très alcalin, elle doit être apportée en petite quantité (maximum 5 kg pour 100 m2, ou 50 g /m2, répandue sur le sol ou mélangée à du compost mûr.

Composts : bien mûr, mélange de N,P, K et autres composés, il complètera les besoins du potager à raison de 3 kg par m2.

A l’automne, il faut éviter la Fuite d’Azote !

C’est l’automne, le potager a produit pendant de longs mois. Gilles Domenech, sur son site « Jardinons Sol Vivant » nous explique en détail quelques mécanismes naturels, dont celui de la « minéralisation d’Automne et de la fuite des nitrates ».

Selon lui, les pluies d’automne sur les sols encore chauds entrainent l’activité bactérienne dans le sol, ce qui se traduit par la décomposition des matières organiques en composés élémentaires (eau, CO2, azote minéral sous forme d’ammonium puis de nitrites puis de nitrates, phosphate,…) qui sont emportés par les eaux de ruissellement, à raison de 60% pour l’azote, qui ne profiteront donc pas aux cultures suivantes.

Cycle de l’azote dans le sol

Cycle de l’azote dans le sol

Pour limiter cette fuite d’azote, il préconise plusieurs solutions :

  1. Ne pas labourer le sol : cela évite les apports d’oxygène en profondeur qui augmenterait l’activité microbienne. On rejoint ici la pensée du célèbre Claude Bourguignon, micro-biologiste des sols, qui explique pourquoi les labours profonds, au-delà de 10 cm, détruisent les sols.
  2. Apporter du carbone au sol, pour fixer l’azote, comme le BRF (« Bois Raméal Fragmenté », ou branches broyées), la paille ou les feuilles mortes (ça tombe bien, c’est l’automne !) : La décompostion de ces matières fortement carbonnées nécessite beaucoup d’azote, qui se trouve justement disponible en grande quantité dans le sol. L’azote retourne ainsi dans le sol au lieu de s’évaporer.
  3. Planter un « engrais vert » qui va pousser en captant l’azote libéré par le sol.

Pour en savoir plus sur le cycle de l’azote dans les sols, je vous renvoie sur cette courte synthèse.

« Jardinons Sol Vivant » va plus loin dans les explications techniques sur les amendements d’automne. Nous avons vu qu’il est important d’apporter des compléments de matières carbonées (C) pauvres en azote (on parlera d’un rapport C/N élevé), justement pour capter l’azote qui s’échappe du sol à cet époque. Cependant, il existe tout un tas de matières que l’on aura peut-être la tentation de mettre dans son sol, et certaine ont des rapports C/N très faibles : elles apporteront donc trop d’azote, ce qui sera intéressant au printemps mais pas en automne !

L’auteur explique que les bactéries consommant 25/30 fois plus de carbone que d’azote, les amendements organiques à apporter en automne sur des sols nus devront avoir un ratio C/N très supérieur à 25. Voici une liste de possibilités :

  • Feuilles d'arbre (à la chute) : 20-80
  • Déchets verts de plantes : 20-60
  • Tourbe blonde : 50
  • Paille de céréales : 50 - 150
  • Paille d'avoine : 50
  • Paille de seigle : 65
  • Paille de Chanvre : 87
  • Bois raméal fragmenté (BRF - branches broyées) : 60 - 150
  • Écorce : 100-150
  • Paille de blé : 150
  • Papier : 150 (d’où le carton que certains mélangent à la terre)
  • Sciure de bois décomposée : 150 et pouvant atteindre 1000 pour certains résineux
  • Sciure de bois feuillus (jeunes feuilles) (moyenne) : 150 - 500

Le choix de la matière à utiliser va à mon sens dépendre des opportunités de chacun, et dans mon cas j’y ajouterai aussi un critère esthétique, mon potager étant visible par mes voisins. Je vais donc éviter les déchets végétaux et le papier / carton. De même, le ratio C/N étant variable pour les feuilles d’arbre, qui peuvent aussi héberger des limaces, je vais éviter aussi. Les pailles sont tentantes, mais le blé, l’avoine, le seigle, etc… sont probablement élevés avec des pesticides, donc je les élimine. Il me reste donc le BRF, les écorces et la sciure.

Ou le paillage de Chanvre, que j’utilise déjà, qui révèle un Rapport C/N élevé, un pH neutre, une capacité importante à stocker l’eau (370 ml / litre de chanvre), il est cultivé de manière Bio, il a un aspect esthétique qui me convient très bien et qui dure dans le temps, et enfin une capacité à s’agglomérer une fois humide, ce qui l’empêche de s’envoler et limite la pénétration des limaces et des escargots !

Mon potager avec son paillage de chanvre

Mon potager avec son paillage de chanvre

Les engrais verts : bien plus qu’un apport d’azote

Les engrais verts captent l’azote qui s’échappe du sol, et peuvent le lui restituer une fois broyés et enfouis.

Cependant, leur action bienfaisante ne s’arrête pas là :

  • Ils limitent l’érosion des sols
  • Ils empêchent la pousse des mauvaises herbes et le développement de certains ravageurs (ex : Nematodes), soit en couvrant la surface, soit en produisant des toxines (cas des Tagètes)
  • Evitent le dessèchement
  • Les racines labourent le sol
  • Les racines remontent sur surface des éléments nutritifs prélevés en profondeur (l’azote par exemple)
  • L’intégration des engrais verts dans le sol stimule l’activité biologique et le développement des vers de terre

Reste que la présence de cette couverture végétale peut aussi offrir un abri à des indésirables : taupins, limaces, campagnols,…

Cette année, j’ai choisi de planter des épinards en guise d’engrais vert, sachant que leur culture me permettra d’en prélever une partie pour quelques soupes au passage ! Comme les épinards ne se replantent pas au même endroit avant 3 ans, je changerai l’année prochaine.

Au printemps, on remet ça

Gilles Domenech nous propose un autre article, cette fois sur les mécanismes bio-chimiques des sols au printemps. A cette période, les sols sont froids et humides, et libèrent peu de nitrates pour les plantes qui recommencent à pousser. C’est ce qui s’appelle « la faim d’azote ».

Pour compenser ce phénomène, il est possible à ce moment d’utiliser de l’urine diluée.

Une autre approche consiste à labourer le sol, pour l’enrichir en oxygène et favoriser l’oxydation des matières organiques et libérer des nitrates. Mais il semble que cette méthode « booster » entraine la destruction prématurée du capital organique du sol.

L’auteur recommande sinon d’attendre que le sol se réchauffe naturellement (avril / mai) avant de planter à nouveau, ou de favoriser les plantes mises en place à l’automne, qui semblent ne pas souffrir de cette faim d’azote, en raison de leur enracinement solide.

Pour information, voici une liste de composants avec leur ratio C/N :

  • Urine : 0,7
  • Jus d'écoulement du fumier : 1,9 - 3,1
  • Déchets d'abattoir mélangés : 2
  • Sang : 2
  • Matières fécales humaines : 5 - 10
  • Matières végétales vertes : 7
  • Humus, terre noire : 10
  • Compost de fumier après huit mois de fermentation : 10
  • Gazon : 10
  • Consoude : 10
  • Fientes de volailles : 10
  • Déjections d'animaux domestiques : 15
  • Compost de fumier mûr, 4 mois, sans adjonction de terre : 15
  • Fumier de ferme après 3 mois de stockage : 15
  • Fanes de légumineuses : 15
  • Luzerne : 16 - 20
  • Fumier frais pauvre en paille : 20
  • Déchets de cuisine : 10-25
  • Fanes de pommes de terre : 25
  • Compost urbain : 34
  • Aiguilles de pin : 30
  • Fumier de ferme frais avec apport de paille abondant : 30
  • Tourbe noire : 30

Le gazon, avec son ratio de 10, fait donc un paillage riche en azote, que l’on pourra utiliser toute la saison de production.

ANNEXES

Comment utiliser les coquilles d’oeufs

  • Avant de les stocker, faites sécher les coquilles vides (qui peuvent avoir été cuites sans inconvénient auparavant, par exemple pour la cuisson d'œufs durs).
  • Écrasez-les le plus finement possible avec un rouleau à pâtisserie.
  • Avec une griffe, incorporez la poudre obtenue au pied de vos plantes, en griffant légèrement pour la mélanger à la terre.

Référence : http://jardinage.comprendrechoisir.com/fiche/voir/282701/utiliser-des-coquilles-d-oeufs-au-jardin

Plus sur le « BRF »

Le bois raméal fragmenté, ou bois raméaux fragmentés (BRF), est un mélange non composté de résidus de broyage (fragmentation) de rameaux de bois (branches).

Par extension, le terme désigne aussi une technique de culture agricole imaginée au Canada qui, par l'introduction du broyat dans la couche supérieure du sol ou en paillis, cherche à recréer un sol riche, aéré et riche en micro-organismes, comme on en trouve souvent en forêt. Le BRF favorise en effet la pédogenèse nécessaire à la création de l'humus.

On incorpore le BRF en surface (0 à 10 cm), sur une épaisseur de 3 cm, puis les vers de terre se nourrissent de la cellulose pendant que les champignons dégradent la lignine.

Son rapport C/N très élevé (600) nécessite une très grande quantité d'azote lors de la dégradation, ce qui explique qu’il ne faudra pas l’utiliser au printemps, pour ne pas créer une « Faim d’azote », en détournant l’azote disponible des plantes qui sont en pleine croissance. Seul l'aubier et les rameaux jeunes (diamètre < 7 cm2) provenant d'un mélange d'arbres nobles (bois durs à forte teneur en tannins tels que le chêne, le châtaignier, l'érable, le hêtre, le robinier) sont utilisables en BRF

Références :

Publié dans Sol, Technique

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